Vous rappelez-vous du jour de tournage de cette émission ? De l'heure approximative ?

Non, je ne sais plus, je me rappelle simplement que la diffusion a eu lieu bien des mois après le tournage.


(Elle a été diffusée sur Antenne 2 le 1er mai 1983.)

Martine Grün et son frère Philippe Elsa Manet est d'origine alsacienne et elle a immédiatement pris en sympathie les candidats strasbourgeois Philippe et Martine avec Didier Lecat

Combien de jours au préalable avez-vous été prévenue avant le tournage ?

Nous l'avons su dès notre retour des tests de sélection. Nous avions été convoqués à Paris suite à nos réponses à un long questionnaire auquel je me souviens surtout avoir répondu rapidement - de manière très vague et floue - à des questions qui me semblaient débiles...

Par exemple ?

Il y avait : "A quelle vitesse vole un hélicoptère ?" et je n'en savais rien, alors j'avais répondu : "Cela dépend de l’hélicoptère, du sens du vent, de la pression atmosphérique… je suppose". Je me souviens aussi de : "Comment pensez-vous vous habiller le jour de l’émission ?" et j'avais indiqué : "Selon la saison et mon humeur du jour"... De toute façon je ne pensais pas que nous serions sélectionnés...

Pourquoi vous êtes-vous portée candidate pour cette émission ?

Je ne connaissais pas l’émission, mais mon frère m’avait appâtée en me faisant miroiter un gain intéressant pour moi qui m’offrait mes loisirs et mes livres d’étudiante avec des petits jobs style vendeuse de chaussures, ouvrière à la chaîne, vendeuse de l’OFUP, cobaye humain d’expériences au CNRS, vendanges et autres joyeusetés. Je dois dire que le fait d’être payée des mois après et seulement lors d’une diffusion à laquelle je ne croyais plus m’a passablement impatientée...

Martine Grün n'a jamais vu "La Chasse aux trésors", mais elle se lance sans hésiter dans les recherches

Comment ce sont passés les tests de sélection ?

Lorsque nous arrivons à Paris les transports en communs sont en grève... J’avais déjà traversé Paris en métro seule à 14 ans, mais là, une bonne partie à pied de la gare de l’est aux Champs Elysées avec un frère qui ne quittait pas son "walkman", ce fut pénible... En effet nous savions que nous aurions quelques défraiements pour nos frais, mais nous n’en savions pas le montant exact. Le train en seconde classe bien sûr, mais pour le reste rien ne disait qu’on nous rembourserait un taxi que nous ne pouvions nous offrir sur nos propres deniers...

Arrivés dans les locaux de l’organisme qui sélectionnait, on nous a fait entrer dans une petite salle et on nous a mis en condition de résoudre une énigme d’une émission précédente face à une caméra. Nous étions derrière une table avec devant nous une série de documents, encyclopédies, etc… Le caméraman a quitté la pièce en nous donnant comme consigne de résoudre l’énigme proposée en moins de 30 minutes, et sans laisser de blancs dans nos conversations de manière à meubler l’écran. Très bavards de nature, mon frère et moi n’avons eu aucun problème à remplir l’espace sonore. Il nous est plus difficile de nous écouter parler l’un l’autre...

Comment avez-vous su que vous étiez retenus ?

Une fois l’épreuve terminée, une secrétaire nous a dit : "On vous écrira". Philippe s’est tournée vers elle en riant et lui a demandé : "Quand est-ce qu’on tourne ?" "Mais monsieur vous n’êtes pas encore sélectionné !" "Vous savez bien que si !". Puis nous sommes sortis en nous "engueulant" tellement fort qu’une de mes anciennes prof de français qui déambulait de l’autre côté des Champs Elysées a reconnu ma voix et est venue nous dire bonjour !

Je trouvait l’attitude de Philippe particulièrement choquante. Comment pouvait-il se comporter comme ça. Croire que tout lui était du… Mais il a justifié son attitude : "Qu’est-ce que tu crois, si on leur montre qu’on a peur ou qu’on doute, on ne nous sélectionnera jamais. Il faut avoir l’air sûr de nous si l’on veut être crédibles."

Les candidats se chamaillent sans cesse gentiment, cela leur a néanmoins sans doute permis d'être sélectionnés rapidement !

Et ça a du être le cas. Nous sommes rentrés chez nous le même soir en train de nuit. Arrivés tôt le matin. Petit déjeuner. Pas le temps de retourner nous coucher que la production nous rappelle et nous propose de prendre le prochain avion pour Paris, les billets nous attendent à l’aéroport. Tournage le lendemain. Cette fois-ci le taxi et l’hôtel sont offerts, tant mieux car je n’aurai pas apprécié un second jour de grève !

Arrivés à Paris, on nous a montré une émission déjà enregistrée pour être sûr que nous en comprenions bien le principe.

Êtes-vous allée plus tard sur les lieux du tournage de cette émission ?

Non, mais Dieu sait si j’ai voyagé dans des dizaines de pays. Lors d’une interruption technique sur le plateau, comme le consul de Singapour était présent, je lui ai promis que je ferai l’été même un voyage en Thaïlande, Malaisie et Singapour, si nous gagnions les 3 épreuves... ce qui ne fut pas le cas en partie, parce que bien que mon frère le lui ai dit, Philippe de Dieuleveult n’a cessé d’interroger les gens sur les lieux en leur demandant où trouver des "hévéas", et non des "rubber trees", nom anglais dudit arbre.

Philippe ne parvient pas à se faire indiquer où se trouvent les hévéas ("Rubber trees") dans le jardin botanique...

Avez-vous d'autres souvenirs particuliers de ce tournage ?

Pour moi ce fut une toute première expérience de maquillage. Je n’avais jamais même mis du "Ricil" ou du mascara, et je ne l’ai jamais refait jusqu’à mes 40 ans. Je dois dire que j'ai tout fait pour refuser cette séance de maquillage, mais à la télé on vous l'impose ! J'ai trouvé cela désagréable, qu'on vous tripote les yeux, mette du mascara. Je devais gigoter comme un poisson hors de l’eau. Quoique serviable, la maquilleuse avait du mal à en croire ses yeux, et elle n’arrêtait pas de me demander de me calmer. Je tremblais dès qu’elle approchait ses crayons ou ses pinceaux. Mais je dois admettre que le résultat m'a plu, puisqu'il affinait mon visage en me donnant presque des joues creuses que je n'ai jamais eues !

La maquilleuse Brigitte Delouis au travail avec Martine Grün
Martine Grün ne voulait pas être maquillée... ... mais finalement le résultat est là... ... son visage "télégénique" lui a valu d'être longtemps reconnue par les téléspectateurs.

Que pensez-vous de notre idée d’un site dédié à « La Chasse aux Trésors » et Philippe de Dieuleveult ?

Je n’avais pas mesuré l’impact d’un passage à la télé, et à l’époque il n’y avait pas encore de téléréalité et personne n’en parlait. Moi je venais pour gagner quelques subsides sans efforts, j’avais passé un test "d’embauche" et on m’avait prise, point à la ligne.

Mais lorsque l’on est "médiatisée" si peu que ce soit, les choses ne sont pas si simples... J’ai trouvé désagréable que l’on me reconnaisse dans la rue (et encore des mois après), que sur le parvis de la Fac où je vendais des revues on me fasse des réflexions - pas toujours sympathiques - ou que l’on ricane dans mon dos... Il y avait aussi les douaniers qui m’arrêtaient systématiquement à la frontière allemande, où pourtant je passais très souvent, et où le 67 de ma plaque minéralogique m’évitait habituellement cette perte de temps...

Les quiproquos de gens qui croyaient nous reconnaître, mais ne savaient d’où on se connaissait, ont été très nombreux... Les gens n’ont-ils rien d’autre à mémoriser ?!

Nous avons aussi reçu beaucoup de courriers, dont je n’ai rien gardé, mais qui se résumaient en : "Vous auriez dû attacher vos cheveux", "Ne laissez pas votre frère vous parler sur ce ton", "Je suis une vieille dame et je n’aimerai pas que ma petite fille se comporte comme vous"...

Avez-vous tout de même un souvenir "positif" de ce tournage ?!

Nous n’avons parlé à personne de notre entourage de cette expérience, et des années après un copain m'a téléphoné du Luxembourg où il avait vu l’émission. C’est comme ça que je sais qu’en tout cas certaines ont été rediffusées mais sans que jamais on n’en soit prévenus. Il me semble que pour la première on l’a été, mais je n’en suis même plus vraiment sûre.

J'ai apprécié et gardé en souvenir notre portrait dans les programmes TV. L’un résumait la semaine dans des petites cases par jour et par chaîne, et sous le mardi il y avait mon portrait avec mon nom dessous. J’ai trouvé ça franchement drôle : Comme si cela pouvait intéresser quelqu’un, et comme si moi, modeste Lambda, j’étais la chose la plus importante de cette soirée sur "La Deux" !

La photographie qui illustrait la présentation de l'émission dans "Télé 7 Jours" Cette "vignette" est extraite d'un autre hebdomadaire de télévision, peut-être celui auquel fait allusion Martine ? 

Ne vous y trompez pas, Martine Grün a pris plaisir à se remémorer ses souvenirs de "Chasse", en compagnie de son frère Philippe, histoire de susciter quelques nouvelles chamailles attendrissantes ! Les aléas du terrain ne lui ont valu que le gain d'un seul trésor, mais, là encore, pas d'amertume : « Soyons réalistes, le tout a pris 3 jours de mon temps, tous frais payés, et j’ai mis des années à retrouver un boulot aussi bien payé pour si peu d’heures de présence ! ».

Témoignage recueilli en mai 2006