Vous rappelez-vous du jour de tournage de cette émission ?

Oui, j'ai vérifié mon carnet de vol et c'était les 15, 16 et 17 novembre 1983. Le 15 il s'agissait d'un vol de reconnaissance, et les 2 autres jours il y a eu une version française, une version espagnole, et une version italienne.

 

(la diffusion a eu lieu sur Antenne 2 le 6 mai 1984)

D'où venait le Bell Jet Ranger CH 555 utilisé pour ces tournages ?

Il venait de l'escadron d'hélicoptères n° 4 de la SLAF (Sri Lanka Air Force) situé sur la base de Katunayake.

C'était bien un hélicoptère militaire malgré ces couleurs rouge et blanche ?

Tous les hélicoptères de la SLAF étaient bien en rouge et blanc avant que la guerre n'éclate au Sri Lanka...

Est-ce que l'équipe s'est installée dans votre base ?

Non, Katunayake était trop loin de Kandy. Je me souviens que nous avons séjourné à l'hôtel Topaz à Kandy.

Pourquoi est-ce vous, en particulier, qui avez été choisi pour piloter dans cette émission ?

Certes, j'avais déjà l'expérience de vols pour des prises de vues aériennes même si ce n'était pas dans des circonstances similaires. Mais c'était peut-être tout simplement mon tour, car nous effectuions des vols par roulement entre les différents pilotes. Cela dit, ce fut une expérience tout à fait nouvelle pour moi, et j'ai vraiment aimé travailler pour ce tournage, d'autant plus que Kandy est la ville où je suis né, où j'ai grandi et où j'ai fait mes études. C'était un immense honneur et une fierté pour moi de voler à Kandy !

   

Connaissiez-vous le pilote qui avait déjà participé à l'émission à Sigiriya en 1982 ?

Oui, c'était le Capitaine de Groupe Roger Weerasinghe. Il est décédé le 29 avril 1995, il se trouvait dans l'un des 2 avions qui ont été abattus par un missile tiré par des rebelles à Palaly.

Les producteurs vous avaient-ils contacté pour la préparation de cette émission, bien avant le tournage ? Avaient-ils fait une reconnaissance aérienne des lieux, par exemple ?

Non, tous les détails m'ont été donnés à Kandy, où l'on m'a expliqué le principe de l'émission. Comme je vous disais, c'est ma ville natale, et je connaissais très bien les lieux. J'ai improvisé et choisi tous les lieux d'atterrissage lors du vol de reconnaissance la veille de l'émission. Si les autorités de la Sri Lanka Air Force avaient vu l'émission, j'aurais peut-être eu des remontrances à cause des vols à basse altitude et des sites d'atterrissage !

Philippe de Dieuleveult indique au cours de l'émission que vous avez évité une catastrophe en cabrant l'appareil pour ne pas heurter un câble électrique, vous souvenez-vous de ce détail ?

Oui, nous volions tout au long de la rivière, et juste à côté du jardin botanique il y a une ligne électrique qui la traverse, je l'ai aperçue alors que nous n'étions plus qu'à 20 mètres. J'ai tout de suite mis l'hélicoptère en montée rapide et on est passé au-dessus de la ligne électrique. Ça a été un peu chaud et a effrayé les passagers qui ne savaient pas ce qu'il se passait...

Cependant, j'ai eu de nombreuses expériences de cette nature dans ma carrière de pilote, et d'autres encore pires à l'époque où je volais dans les opérations militaires. J'ai pris une fois une balle dans le bras alors que je tentais d'atterrir dans la zone de Jaffna...

Avez-vous eu des sollicitations particulières après les diffusions ?

Oui, particulièrement grâce à la version italienne, car beaucoup de sri-lankais vivent en Italie et ont vu l'émission. J'ai eu des réactions très favorables de personnes qui m'ont téléphoné et m'ont écrit, c'était des témoignages de reconnaissance très amicaux.

Que pensez-vous de notre idée d’un site dédié à « La Chasse aux Trésors » et Philippe de Dieuleveult ?

Transmettez mes respects à l'animateur italien. Par contre, je suis désolé d'apprendre la disparition du reporter français. Vous contribuez ainsi à préserver la mémoire de ceux qui ont participé à cette grande production.

Prasanna Ratnayake a poursuivi une brillante carrière dans la Sri Lanka Air Force, jusqu'au grade d'Air Commodore (Général de Brigade Aérienne) : « Ce fut une carrière très difficile. La plupart de mes vols eurent lieu au cours d'opérations militaires, et heureusement j'y ai survécu pour pouvoir vous raconter mon histoire ! ».

Il a cessé son activité, en vue de prendre sa retraite à compter de juin 2010. Il ne pilote plus depuis qu'il a été appelé à commander des bases aériennes et à travailler au siège de la SLAF : « C'est formidable de m'avoir contacté ! Vous m'avez rappelé l'un des plus beaux vols de ma carrière. Je n'oublierai jamais ce passage sous un pont suspendu en survolant le fleuve Mahaweli. Ce passage sous le pont a été très bien filmé, et je suis sûr d'être le seul pilote au Sri Lanka à avoir réalisé un truc de ce genre ! ».

Je lui ai adressé un enregistrement de l'émission pour qu'il puisse se découvrir, 25 ans après : « Merci beaucoup ! C'est vraiment passionnant à regarder. Je garderai cette vidéo précieusement pour le reste de ma vie, car je n'ai aucun autre enregistrement de tous les vols que j'ai effectués. ».

 

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Témoignage recueilli en novembre 2009

Merci à Philippe Grün pour la validation de la version anglaise ;-)