Quel est le nom de la compagnie qui a fourni l'hélicoptère pour cette émission ?

C'est Héli TV Fribourg, une compagnie que j'avais créée quelques années auparavant avec l'acquisition du Bell-206 Jet Ranger II HB-XMT. Nous étions basés à l'aérodrome de Fribourg-Ecuvillens. Il y avait un deuxième hélicoptère, un Bell 206 Jet Ranger, basé à Genève. Il était là pour l'équipe de la télévision suisse qui suivait notre enregistrement. C'est la raison pour laquelle il n'apparaît pas à l'image.

Pierre-André Modoux devant le Bell Jet Ranger XB-XMT aux Rochers de Naye L'hélicoptère d'Héli TV Fribourg Pierre-André Modoux et Philippe de Dieuleveult

Vous rappelez-vous du jour de tournage de cette émission ?

J'ai retrouvé sur mon carnet de vol. C'était le 29 avril 1983, entre 11 heures et 20 heures. J'ai fait 3 heures de vol et 17 atterrissages.

 

(la diffusion a eu lieu sur Antenne 2 le 18 septembre 1983)

Cela fait bien beaucoup d'heures de vol et d'atterrissages pour 1 heure d'émission !

Le tournage a été réalisé en temps réel, sans interruption, durant une heure. Le temps de vol important concerne la mise en place de l'hélicoptère, le tournage, et le retour à l'aérodrome de Fribourg-Ecuvillens. Et l'après-midi, j'ai fait des vols de repérage pour les émissions de "La Chasse" dans 2 autres langues : le japonais et l'italien. On a aussi emmené quelques journalistes et photographes qui faisaient un reportage sur l'émission.

Il y a donc eu 2 autres versions étrangères de cette émission ?

Cette émission a également été tournée ensuite avec l'animateur italien, et avec un animateur japonais, une vedette de cinéma très connue au Japon. C'était avec le même hélicoptère mais ce n'est pas moi qui le pilotais, c'était Claude Vuichard, un pilote qui travaillait dans ma compagnie.

Il arrivait à Philippe d'être le caméraman des versions étrangères quand il y avait plusieurs tournages d'affilée. A-t-il filmé l'une de ces 2 autres émissions ?

Effectivement, lors des tournages ailleurs dans le monde, c'est Philippe, cameraman de formation, qui prenait la caméra pour les tournages dans les autres langues. Mais en Suisse, l'émission avait un tel succès d'audience que les producteurs ont décidé de ne laisser à Philippe que le rôle de vedette ! Je peux vous raconter une petite anecdote qui m'a été rapportée par Philippe lors d'un repas. Il m'a expliqué pourquoi c'est lui qui avait été choisi pour présenter "La Chasse aux trésors" : Quelques années auparavant, il avait participé à une émission organisée par les pays francophones, intitulée "La Course autour du monde". Des candidats de chaque pays francophone sillonnaient le monde et chaque semaine ils devaient envoyer un reportage diffusé sur toutes les chaînes et jugé par des professionnels. Il avait été repéré cette année-là. Et quelques années plus tard, le téléphone a sonné chez Philippe...

Pourquoi est-ce vous, en particulier, qui avez été choisi pour piloter dans cette émission ? Connaissiez-vous l’émission ? Y teniez-vous particulièrement ?

A l'origine, nous avions, mes 2 frères et moi, un studio de télévision. Nous connaissions Claude Savarit, puisque nous avions un contrat pour l'affichage des résultats de "Jeux sans frontières" dans toute l'Europe. Claude Savarit était aussi le producteur de "La Chasse".  Passionné d'aviation, je lui ai un jour annoncé que je diversifiais mes activités et que j'avais créé une compagnie d'hélicoptères, Héli TV Fribourg, pour concilier travail et passion. Il m'a indiqué qu'il penserait à moi s'il devait un jour tourner une "Chasse aux trésors" en Suisse, ce qu'il a fait. J'avais déjà travaillé sur une "Chasse au trésor" en 1981, comme pilote d'hélicoptère pour le tournage des coulisses de l'émission près de la Grande Dixence. C'était pour un reportage destiné à la Télévision Suisse Romande. Nous avons suivi "en cachette" l'hélicoptère dans lequel se trouvait Philippe de Dieuleveult à la recherche de son trésor. Nos images sont également passées à la télévision française.

1981 : La Chasse au trésor débute près du barrage de la Grande Dixence Pierre-André Modoux suit l'Alouette 3 de l'émission pour un reportage de la TSR Philippe et son équipe descendent de l'hélicoptère, filmés depuis un autre hélicoptère qui les suit discrètement
  Dans quelques séquences de l'émission à Sion, on aperçoit très furtivement le Bell Jet Ranger de Pierre-André Modoux  

Les producteurs vous avaient-ils contacté pour la préparation de cette émission, bien avant le tournage ? Avaient-ils fait une reconnaissance aérienne des lieux, par exemple ?

Oui, les producteurs nous ont contactés plusieurs mois avant l'émission et ils sont venus pour des repérages techniques. Nous avions des consignes particulières des offices de tourisme qui participaient au financement de l'émission. C'est pour cela que je n'ai pas pris le trajet le plus court pour aller des Rochers de Naye jusqu'au Château de Chillon. J'avais un itinéraire "imposé" pour que le caméraman puisse filmer les berges du Léman.

Comment se sont passés les repérages ? Pouviez-vous vous poser à peu près n'importe où, ou aviez-vous repéré des endroits cibles à proximité de chaque trésor ?

L'atterrissage près du Château de Chillon s'annonçait particulièrement délicat, car pour l'emplacement le plus proche de l'entrée du château, il y avait moins de 2 mètres de chaque côté des pales, dans un petit jardin entouré de murs et d'arbres. C'est pour cela qu'un deuxième pilote d'hélicoptère me guidait de l'arrière par radio, afin de garantir la réussite de cette manœuvre.

L'étroitesse des lieux est particulièrement visible Une belle performance que de se poser à cet endroit avec un hélicoptère !

La veille de l'émission, 24 heures exactement avant l'enregistrement, nous avons fait une répétition générale avec des personnes de la production à Paris qui remplaçaient les candidats, et avec moi dans l'hélicoptère, le réalisateur, avec la radio de Philippe et l'avion qui tournait à 4 000 mètres au-dessus de nous, pour transmettre le son entre Philippe et la base opérationnelle de l'émission, située à l'aérodrome de Fribourg-Ecuvillens. Nous avons essayé tous les sites et tout fonctionnait très bien, pendant que Philippe visitait la vieille ville de Fribourg... Une chose m'inquiétait : je connaissais l'émission et je savais bien que Philippe n'était pas du genre à attendre que l'hélico soit complètement posé pour sauter de l'appareil. Or, au Château de Chillon, en sautant avant que les 2 patins ne soient posés, il aurait déséquilibré l'appareil ce qui était particulièrement risqué vu l'étroitesse des lieux. C'est pour cela que j'avais demandé à Philippe avant l'émission: "Ne sors pas de l'hélico tant que je ne t'ai pas fait signe de la tête". Le caméraman Jean-Yves Lemener avait entendu mes consignes. Lors du tournage, cela n'a pas manqué : Philippe a ouvert la porte à 1 mètre du sol, et Jean-Yves Lemener a immédiatement retenu la porte avec son bras ! Une fois descendu, Jean-Yves m'a fait un signe pour me montrer qu'il n'avait pas oublié la recommandation, et moi je lui ai rendu un signe en retour, on voit du reste ce détail dans l'émission.

Jean-Yves Lemener retient Philippe qui s'apprête à descendre alors que l'hélico n'est pas posé Jean-Yves : "Je n'ai pas oublié la consigne, moi !" Pierre-André : "Merci, on a peut-être évité la catastrophe !"

Etiez-vous au moins dans le 2ème hélicoptère pour guider l'atterrissage au Château de Chillon dans les 2 versions étrangères ? Dans l'une de ces 2 autres versions, le pilote n'a-t-il pas dropé l'animateur sur la rive (un des gardiens du Château croit se souvenir que l'un des animateurs est arrivé par la plage) ?

Non, je n'étais pas dans le 2ème hélico, car il n'était plus là ! La télévision suisse n'a suivi le tournage que de la version française avec Philippe. Je ne me souviens pas si l'un des animateurs est venu par la rive. La rive était plus éloignée du château, mais beaucoup plus sûre pour atterrir. En principe on suit les propositions de l'animateur et on essaye de poser le plus près possible. Le pilote reste toujours le commandant de bord !

Comment s'est passée la synchronisation avec les montgolfières pour la 2ème énigme ?

J'avais un contact radio avec Château d'Oex. On avait calculé qu'il fallait que je prévienne en partant de Chillon, pour que les montgolfières soient en l'air au moment où nous arriverions à Château d'Oex. Mais là-bas, ils avaient tellement chauffé les ballons que, quand nous sommes arrivés, ils étaient bien plus haut que prévu ! Avec mon Jet Ranger et une porte ouverte, j'ai eu beaucoup de difficultés pour les rejoindre en raison du manque de puissance en altitude !

Autre anecdote pour cette énigme : Je passe une radio à Philippe qui prend contact avec le pilote de la montgolfière. Et ce pilote lui répond : "Attendez, je vais voir s'il y quelqu'un qui s'appelle Jean-Charles à bord", comme s'il était aux commandes d'un Boeing 747 avec 350 passagers à bord. En fait, ils étaient trois dans un petit panier suspendu sous le ballon !

Les ballons surchauffés sont plus haut que prévu... Le ballon HB-BBI "Château d'Oex" à bord duquel se trouve Jean-Charles

Avez-vous gardé des contacts avec des membres de l'émission, et en particulier avec Philippe de Dieuleveult, après le tournage de cette émission ?

Claude Savarit m'a adressé une version U-matic de l'émission après la diffusion à l'antenne. J'ai rencontré Philippe plusieurs fois par la suite, car nous avions des demandes pour notre studio de télévision. Des producteurs s'intéressaient à lui pour des spots télévisés ou pour présenter des jeux télévisés. Ces projets n'ont pas abouti.

Avez-vous été sollicité par des fans de l'émission, juste après la diffusion en particulier ?

Oui, car l'émission avait eu un succès formidable ! Le lendemain de l'émission, j'effectuais des vols dans une fête de musique, des baptêmes de l'air de 7 minutes. C'était de la folie, je n'ai pas arrêté de voler. Par la suite, j'organisais régulièrement des baptêmes de l'air en Suisse en me servant de l'émission. J'avais fait un grand panneau "Volez avec l'hélicoptère de La Chasse aux trésors !" L'émission m'avait fait une publicité géniale !

D'autres souvenirs à nous raconter ?

Le déroulement de la 2ème énigme était prévu pour être encore plus spectaculaire. Les producteurs avaient envisagé que Philippe soit équipé d'un parachute et qu'il saute de l'hélicoptère pour être rejoint par le parachutiste qui sautait du ballon. Mais il fallait bien que Philippe soit un peu dans la confidence au dernier moment, et c'est juste avant le tournage qu'ils se sont rendus compte que la licence "parachute" de Philippe était périmée. Il n'était pas question de risquer de passer outre, et il était impossible de la renouveler aussi vite. De ce fait, l'énigme a été revue pour que nous suivions tout simplement le parachutiste avec l'hélicoptère. Toutefois, cette idée n'a pas été abandonnée par les producteurs, et cette séquence de retrouvailles en plein ciel entre Philippe et un parachutiste a pu se faire 5 mois plus tard, à Saint-Malo.

Jean-Charles saute en parachute depuis la nacelle du ballon Il était prévu que Philippe soit équipé aussi d'un parachute Philippe aura droit à son parachute dans l'émission à Saint-Malo !

Ensuite, je savais très bien que le dernier trésor se trouvait à Gruyères. J'avais remarqué qu'il nous restait très peu de temps, et, comme les candidats tardaient à nous donner une direction, j'ai pris discrètement la direction de Château d'Oex vers Gruyères. Cela nous a permis de gagner sur le temps de vol, mais ça n'a pas été suffisant pour trouver le trésor ! La presse suisse avait beaucoup parlé de notre tournage, de telle sorte qu'il y avait à chaque fois beaucoup de monde aux endroits où l'on atterrissait, ce qui enlevait un peu de spontanéité, mais... succès oblige !

De nombreux fans suisses encouragent Philippe à Château d'Oex C'est en Suisse que "La Chasse aux Trésors" faisait les plus grosses audiences : le succès est bien là !

Que pensez-vous de notre idée d’un site dédié à « La Chasse aux Trésors » et Philippe de Dieuleveult ?

Je trouve l'idée géniale et je vous félicite pour toute la passion et l'attention que vous lui donnez ! Nous avons remarqué ensemble combien cette série télévisée a marqué les téléspectateurs.

Merci à Chantal et Pierre Boivin d'avoir organisé cette rencontre avec Pierre-André Modoux !

J'ai pu en effet rencontrer en Suisse Pierre-André Modoux, surnommé "PAM". Il pilote encore, mais a renoncé à l'hélicoptère pour raisons professionnelles. Il vole toujours sur des petits avions Cessna, Piper, etc... pour le plaisir. Il a repris une activité journalistique, ce qui est sa formation de base après les Sciences économiques.

Témoignage recueilli en octobre 2004