Savez-vous pourquoi c’est la société Mont-Blanc Hélicoptères (MBH) qui a été choisie pour ce tournage ?

Le producteur avait choisi une société intermédiaire sise à MACON. Cet intermédiaire était chargé de trouver la compagnie d’hélico.

Etant donné les particularités du tournage, cet intermédiaire s’est adressé à l’aviation civile de DIJON afin de lever les réserves techniques applicables à l’époque. Un poser en ville étant notamment prévu (à l’origine dans la cour des hospices de BEAUNE), le district aéronautique a fixé des normes d’expérience minimales pour le pilote, portant notamment sur le nombre d’heures de vol.

A l’époque, il y avait peu de compagnies d’exploitation d’hélico dans la région.

Il s’est trouvé que j’étais le pilote le plus proche (avec donc la mise en place la moins chère) répondant aux normes spécifiées. De plus, MBH disposait d’un Bell 206, moins coûteux que les Lamas stationnés dans les Alpes (pas d’opérateur sur Lyon ni sur l’Alsace à cette époque).

Pourquoi est-ce vous, en particulier, qui avez été choisi pour piloter dans cette émission ? Connaissiez-vous l’émission ? Y teniez-vous particulièrement ?

Nous avons fait une proposition pour cette émission spécifiquement, comme c’était le cas pour chacune des émissions. Comme toutes les offres, nous restions prudents sur l’opérateur qui serait choisi.

J’ai bien sûr été réjoui d’avoir été choisi, d’autant plus que j’avais raté 2 émissions précédemment (dont l’une sur la Côte d’Azur au printemps 1981 alors que j’étais basé à CANNES).

En 1983, « La Chasse » était à l’apogée de sa diffusion et nous avions vraiment la sensation de participer à une aventure technique et humaine.

Gérard de Préville est très heureux de participer à cette émission Philippe demande à Gérard le temps de vol pour rejoindre Beaune Philippe indique à Gérard la prochaine destination : Meursault

Les producteurs avaient-ils contacté MBH pour la préparation de cette émission, bien avant le tournage ? Avaient-ils fait une reconnaissance aérienne des lieux, par exemple ?

Les contacts commerciaux étant établis, le District Aéronautique de Dijon m’a contacté (antenne locale du ministère des transports, aviation civile), pour signifier que j’étais choisi.

Nous avons décidé ensemble que l’intermédiaire (qui était une petite compagnie de travail aérien par avion) viendrait me chercher à ANNEMASSE pour me conduire à Beaune au rendez-vous convenu avec l’aviation civile, environ 1 mois avant le tournage.

Le chef du District nous emmena en voiture sur les différents sites sur lesquels j’étais supposé me poser si les candidats découvraient les énigmes.

Des repérages avaient donc déjà été réalisés au niveau des thèmes de l’émission et des sites. Restait l’aspect technique et réglementaire.

Comment se sont passés les repérages ? Pouviez-vous vous poser à peu près n’importe où, ou aviez-vous repéré des endroits cibles à proximité de chaque trésor ?

Donc le chef du District, abordant chaque emplacement, m’a demandé mon avis.

Il était prévu que je me pose dans la cour du premier château. J’ai indiqué qu’il valait mieux se poser devant le château afin d’éviter d’éventuels incidents du type carreaux cassés ou tuiles arrachées. Comme toujours, je tenais absolument à éviter tout incident, d’autant plus que ce bâtiment est classé monument historique.

Approche du Clos de Vougeot Gérard préfère se poser devant, plutôt qu'à l'intérieur de la cour

Nous sommes ensuite allés sur la place située aux abords des hospices de Beaune. Quel n’a pas été mon étonnement lorsque le chef du District m’a demandé si je pensais possible de m’y poser !

Ne sachant pas s’il s’agissait d’un test permettant de s’assurer de mon sérieux ou d’une réalité, je me souviens avoir répondu : « Techniquement il n’y a pas de problème si l’endroit est isolé du public (nous nous posions dans des endroits bien plus exigus lors des missions en montagne), mais réglementairement, cela dépend de vous ! ». Il fallait en effet bénéficier de dérogations tout à fait spéciales pour pouvoir envisager un atterrissage sur une place publique en pleine agglomération.

Les hospices de Beaune Phase d'atterrissage sur la place Carnot à Beaune Cour des hospices de Beaune où était envisagé l'atterrissage

Le fonctionnaire m’a alors répondu qu’il demanderait que la ligne téléphonique qui bordait la place soit déposée pour la circonstance et que la place soit interdite au public et à la circulation. Il a ajouté que la demande initiale portait sur un atterrissage dans les hospices. Mais nous étions tous deux d’accord sur le fait que cette manœuvre engendrait les mêmes risques que pour le premier poser. Bien qu’ayant oublié son nom, je tiens à remercier cette personne pour son amabilité et son souci de respecter à la fois la réglementation et l’esprit de l’émission. Sans sa compréhension notre travail aurait pu perdre toute sa saveur.

Les autres atterrissages prévus étaient plus ordinaires.

Pour les imprévus, le pilote restait seul juge des risques encourus et de la gêne occasionnée. Il s’agissait de respecter au mieux les règles applicables tout en préservant la sincérité de l’émission.

Le 12 septembre, nous avons procédé à un repérage complet en hélicoptère. Nous avons utilisé chaque aire d’atterrissage correspondant à chaque trésor de la version française et de la version anglaise. L’objectif était de s’assurer qu’aucun problème technique ne pouvait troubler l’émission, que ce soit en matière de pilotage ou de radio/télévision. Seuls les techniciens étaient présents.

La version anglaise a été tournée le lendemain. Apparemment, il y avait 2 énigmes de plus. Avez-vous pu vous rendre compte de la réaction des autochtones qui voyaient arriver l’hélico 2 jours de suite au même endroit avec 2 reporters différents ?

La version anglaise, tournée avec une présentatrice avenante, comportait en effet deux trésors supplémentaires mais les énigmes étaient plus simples à résoudre. Cependant les points de poser étaient presque tous différents, mis à part celui des hospices, car les lieux n’étaient pas les mêmes.

Pour ce tournage, je ne disposais pas de « retour » dans mon casque. Cela faisait apparaître 2 inconvénients : d’une part je n’entendais pas ce qui se passait lorsque la présentatrice sortait de l’appareil, mais, plus gênant, ce qu’elle disait n’était pas retransmis dans mon casque. Il me fallait donc deviner ce qu’elle voulait me dire… en anglais. J’avoue que j’ai un peu simplifié le dialogue. En tout cas elle en a paru ravie et les candidats ont découvert tous les trésors.

Témoignage recueilli en février 2004