La première question sera toute simple : Comment avez-vous été amenée à présenter "La Chasse aux trésors" ?

Elsa nous livre ses souvenirsEh bien c'est à la fois simple et compliqué ! En fait, j'avais été choisie pour animer la version allemande de "La Chasse", à savoir "Rätselflug". J'étais connue comme journaliste à Paris pour "Vidéovis", un magazine allemand spécialisé dans la vidéo. Ma pratique de l'allemand m'avait value d'être choisie par l'équipe de production allemande chargée de réaliser les "Rätselflug" qui m'avait ainsi repérée. C'était en fait surtout avantageux pour eux, car comme j'habitais à Paris, cela leur évitait de faire venir exprès une présentatrice allemande avec les aléas des dates de tournage pour ce genre d'émissions... Mais ce n'était pas vraiment un cadeau pour moi, car l'allemand n'est tout de même pas ma langue maternelle, et le présentateur allemand me laissait une grosse part de travail, bien plus que Didier Lecat, par la suite, dans la version française. Par exemple, c'est moi qui avait le "mot de la fin" dans la version allemande, je devais clôturer l'émission, saluer les candidats, les téléspectateurs...

Vous connaissiez "La Chasse au trésor", la version de 1981 avec un seul trésor, présentée par Philippe Gildas ?

Oui, bien sûr. En travaillant pour un journal télévisuel, je m'intéressais un peu à tout ce qui se faisait dans le milieu de la télé. Mais je vous avoue que je ne trouvais pas vraiment passionnante l'émission avec une seule énigme... Cela manquait de rythme !

Et voilà que l'on vous demande de travailler pour cette émission ?!

Oui, j'ai justement accepté car le nombre d'énigmes était passé à 3, ce qui me laissait penser que cela allait pouvoir donner du rythme à l'émission, c'était du reste le défi que je me donnais : La dynamiser !

Ce fut pour vous l'occasion de retrouver Guy Job, que vous connaissiez déjà ?Guy Job a connu Elsa Manet bien avant qu'elle ne travaille pour "La Chasse aux trésors"

Guy Job est quelqu'un qui en veut, c'est quelqu'un de formidable : Un garçon bien ! Quand j'ai commencé avec lui il était très très jeune, on travaillait ensemble sur une émission qui s'appelait "Pariser Journal" qui était très cotée en Allemagne, une espèce de magazine culturel sur la vie à Paris, et il faisait les recherches, moi je faisais certaines interviews.

Guy Job est germanophone aussi ?

Non, il ne l'est pas vraiment, mais il se débrouillait, Guy Job est bon en tout ! Il avait 18 ans à l'époque, moi j'étais émerveillée parce qu'il avait vraiment la niaque.

Vous concertiez-vous avec Marie-Thérèse Cuny, qui animait la version française ?

On ne se concertait pas, ça serait exagéré de le dire. Non, au contraire, comme c'est elle qui essuyait les plâtres de l'animation en duo avec un présentateur, je regardais comment elle s'y prenait. J'étais assez angoissée, mais j'étais loin de me douter qu'elle l'était encore plus que moi...

Marie-Thérèse Cuny n'est pas très à l'aise devant la caméra...

Justement, comment avez-vous été amenée à la remplacer ?

Je vais essayer de vous dire exactement comment cela s'est passé, ou du moins comment je l'ai ressenti. Car c'est avec le recul que j'ai compris ce qui se passait. Moi, j'animais les émissions allemandes, et après les tournages, j'avais l'impression qu'il y avait des sortes de "messes basses" sur mon compte... je me demandais si j'étais sur la sellette, si j'étais mauvaise à ce point, tellement j'étais loin de me douter... En réalité, Marie-Thérèse Cuny n'était vraiment pas à l'aise dans ce travail où elle apparaissait devant la caméra. Elle n'était pas habituée à cette exposition médiatique, et elle avait indiqué qu'elle verrait d'un bon œil qu'on la remplace... C'est alors que les producteurs se sont dits que je pourrais peut-être faire également la version française, et c'est pour cela qu'ils étudiaient ma manière de faire dans la version allemande...

Et ils vous ont fait cette proposition ?

Oui, mais au départ cela m'a laissé vraiment sceptique. C'est à dire que je m'entendais bien avec Marie-Thérèse, et j'ai voulu entendre de sa bouche qu'elle souhaitait effectivement quitter l'émission. Je ne me voyais pas lui prendre sa place si elle ne souhaitait pas partir... Mais Marie-Thérèse m'a confirmé que cela serait pour elle un soulagement de savoir que je ferai ce travail à sa place !

Et en fait, c'est assez inespéré, car la version allemande s'est vite arrêtée ?

Oui, il n'y a eu que 13 émissions en allemand. J'ai du commencer les françaises au bout de 3 allemandes, et j'en ai donc présentées une dizaine en double version avant que les émissions allemandes ne soient arrêtées.

Traduction : "Le Vol aux énigmes, la chasse en hélicoptère"

Savez-vous pourquoi il y a eu si peu de "Rätselflug" ?

Oui, et le rôle de la presse allemande y est pour beaucoup... Malgré tout, c'est vrai, Günther Jauch ce n'était pas Philippe de Dieuleveult. En réalité, Günther était un animateur, mais il n'avait jamais voyagé comme Philippe. Il ne connaissait pas nécessairement certaines traditions locales. L'émission qui a tout fichu par terre se déroulait dans je ne sais plus quel pays d'Asie. Un trésor était caché dans un cimetière très ancien... Günther a débarqué de l'hélicoptère et il a couru à travers tout le site, sans trop se soucier du respect que devaient lui inspirer ces lieux... Malheureusement, cette émission a été la première diffusée... Les médias ont descendu en flèche l'émission, accusant le reporter d'être quasiment un profanateur... Avec de tels avis, l'audience pour les émissions suivantes a été catastrophique. Les producteurs ont même improvisé un changement de reporter, en mettant Bernhard Russi à la place de Günther Jauch, mais le mal était fait, l'émission n'a jamais eu de succès en Allemagne, et il a fallu arrêter les tournages en allemand.

Günther Jauch en tenue de chasseur de trésors  Günther Jauch dans l'émission à Katmandou

Günther Jauch a été le premier reporter de "Rätselflug", mais il manquait d'expérience  Un célèbre skieur reprend le rôle de reporter, c'est Bernhard Russi, mais il ne sauvera pas "Rätselflug", victime d'une mauvaise critique

Et c'est comme cela que vous vous êtes retrouvée animatrice de 67 émissions françaises ?

Oui... avec les 13 allemandes, ça en fait 80, c'est pas mal quand même...

Comment prépariez-vous l'émission ?

Au début, on en faisait relativement peu, en quantité, c'est à dire qu'on en faisait 3 à la fois, et après c'était vraiment l'usine, au moment où on a commencé à faire les versions italiennes, anglaises, etc... Alors là pour les équipes extérieures c'était terrible, parce qu'il y avait un planning de tournage très serré, très, très serré. Et il y avait les repérages aussi : Pendant qu'une équipe repérait, celle de Dominique Mezerette par exemple, on tournait avec celle de René Denis. Ils n'avaient pas la même technique, ni la même approche dans leur manière de présenter les choses. Mais ils avaient un travail énorme, il faut le dire : Ce qu'ils avaient à faire sur place était compliqué, vraiment très compliqué... Ils me donnaient des plans, des photocopies de ce qu'ils avaient glané sur place, et moi à partir de cela je faisais ma recherche dans les livres. Ils me donnaient cela environ une semaine avant. Au début, j'ai retrouvé des paperasses, c'était gribouillé, assez sommaire, mais par la suite, j'avais des plans, des plannings, ils me donnaient des photos aussi, pour que j'ai une idée de l'endroit où allaient être dissimulés les trésors.

Connaissiez-vous parfois les sites visités ?

J'avais déjà beaucoup voyagé, mais le pays étranger que je connaissais le mieux était le Brésil, or, il n'y a jamais eu de "Chasse" là-bas ! Mais je trouvais tous les renseignements utiles dans les livres. C'est assez curieux car je trouvais aussi certains détails dans "Tout l'univers", comme des anecdotes que je n'avais lues nulle part ailleurs.

Est-ce qu'ils pouvaient vous aider éventuellement en vous donnant des indications dans l'oreillette ?

Non, non ! J'entendais ce qui se passait là-bas, comme tout le monde ! Je dois dire que les liaisons n'étaient pas toujours optimales, et je prêtais vraiment beaucoup attention à ce qui se passait là-bas pour essayer de suivre le mieux possible la progression de Philippe. Didier rappelait souvent que nous n'avions pas les images, c'était son leit-motiv, mais il avait raison d'insister là-dessus. C'est ce que les gens avaient le plus de mal à comprendre. C'était aussi très difficile pour les candidats. Didier et moi nous avions l'habitude, et on pouvait plus facilement entendre certains détails qui échappaient aux candidats.

Elsa entendait la même chose que les candidats dans son oreillette, mais, l'habitude aidant, les détails ne lui échappaient pas

Il vous est arrivé d'être assistée sur le plateau ! On pense à l'émission à Beaune, où vous aviez un œnologue qui vous accompagnait ?

Oui, heureusement d'ailleurs, car je dois dire que mes connaissances en vins étaient vraiment très limitées... Mais ce n'est pas la seule fois que quelqu'un était là en studio... Je me souviens aussi que, pour l'émission à Kourou, en Guyane, il y avait un ingénieur de l'Agence Spatiale Européenne qui était venu exprès à Paris pour me documenter. Je n'aurai rien trouvé dans les livres vous imaginez bien... les petits secrets de la fusée Ariane n'étaient pas accessibles comme cela ! Cet ingénieur est toutefois resté en coulisses, mais ça me rassurait de savoir qu'il était là au cas où j'étais perdue dans mes explications...

La seule émission durant laquelle Elsa est accompagnée sur le plateau : Beaune (avec l'œnologue Jean-Luc Barré)

Certains candidats nous ont parlés d'incidents techniques au cours des tournages ?

Bien sûr, cela arrivait. Mais alors, ce qui était terrible c'est qu'il fallait arrêter le chrono, et sur le plateau, et en extérieur, parce qu'il fallait que ça corresponde bien sûr, le minutage devait être le même des 2 côtés. Que voulez-vous, tout était à inventer, il faut se remettre dans le contexte de l'époque... On n'avait pas du tout les mêmes moyens techniques qu'aujourd'hui... C'est pour cela, je vous dis, que les équipes qui étaient sur place avaient énormément de travail. Nous, nous avions simplement l'angoisse à Paris de savoir si l'émission allait pouvoir se faire ou non, mais ce n'était rien à côté de leur angoisse à eux, s'il n'y avait pas de radio, ou pas d'hélicoptère...

Certains tournages étaient décidés à la dernière minute ?

Ça pouvait arriver, alors il fallait trouver des candidats sur le champ, faire venir les animateurs, notamment s'il y avait des versions étrangères... C'est impensable, tout cela était assez "acrobatique"... C'était une intendance affolante... Je me souviens qu'une fois, j'ai fait l'aller-retour entre Nice et Boulogne rien que pour un tournage, je n'ai pas dormi de la nuit. Je couvrais le MIP-TV à Cannes, et ce tournage de "Chasse" avait été improvisé en catastrophe. J'ai croisé un de mes administrateurs à l'aéroport qui ne comprenait pas ce que je faisais là car je n'avais pas dit que j'étais susceptible de partir comme ça pour une "Chasse"... Je suis donc partie pour ce tournage de nuit, et j'ai repris l'avion pour Nice à 7 heures du matin, et à 9 heures j'étais à mon travail au MIP ! On travaillait nuit et jour !

Nous avons remarqué un changement de pratique entre la saison 1982 et la saison 1983. En 1982, vous étiez installée à votre place dès le début de l'émission, mais à partir de 1983, vous arrivez sur le côté pour saluer les candidats. Qui a eu cette idée ?

Je ne me souviens pas, ce n'est pas moi, c'est peut-être un des réalisateurs qui a eu cette idée, au moment d'un changement de décor, pour éviter que je sois simplement la "femme tronc"...

1982 : Elsa est déjà installée sur son pupitre au début de l'émission 1982 : Accueil d'Elsa à son pupitre
1983 : Elsa arrive sur le plateau pour saluer les candidats 1983 : Les candidats sont encouragés par Elsa en début d'émission

Assistiez-vous aux tournages des versions étrangères ?

Non, au début peut-être, et encore... On ne suivait plus après, les autres se débrouillaient ! Comme je vous disais, je ne faisais pas que ça... Didier non plus, tous nous ne faisions pas que ça... heureusement d'ailleurs... On avait tous d'autres occupations, et, dès que le tournage d'une "Chasse" était terminé, on enchaînait sur autre chose...

Vous avez manifestement vécu la disparition de Philippe comme une tragédie...

Effectivement, tout cela a été tellement malheureux, tellement horrible... Quand nous avons appris cela, c'était la catastrophe... La "Chasse" était arrêtée depuis longtemps... Quand j'y repense... Philippe d'abord, et Didier maintenant... J'évite d'y repenser d'ailleurs... Je n'ai jamais plus regardé une émission après ce qui est arrivé. Tout cela est si loin mais me semble encore si présent...

Avez-vous eu d'autres propositions télévisuelles après l'arrêt de "La Chasse aux trésors" ?

Oui, on m'a proposé "Télé Matin". J'aurais du le faire d'ailleurs parce que c'était tout à fait dans mes cordes, et le matin c'est tout à fait mes heures, mais j'étais aussi sur d'autres choses, donc ça ne me convenait pas à cette époque là...

A la lecture de son Curriculum Vitae, vous verrez en effet que l'activité professionnelle d'Elsa Manet ne s'est pas limitée à "La Chasse aux trésors"...

Elsa partage toujours aujourd'hui sa vie entre la France et l'Allemagne. Convenir d'un rendez-vous n'a pas été facile, mais elle a été impressionnée de voir le souvenir intact qu'a laissé "La Chasse aux trésors" dans l'esprit de 3 fans émerveillés qui n'auraient jamais osé imaginer cette rencontre... 21 ans auparavant !

3 fans bien impressionnés lors de la rencontre d'Elsa Manet le 11 juin 2005

Témoignage recueilli en juin 2005