Daniel Paccoud a gardé de nombreux détails en souvenir de son passage dans "La Chasse au trésor".

A propos de son étonnante décontraction face à Philippe Gildas...

Ma décontraction n’était qu’apparente, mais il est vrai qu’à aucun moment je n’ai été impressionné par Philippe Gildas, que j’appréciais énormément comme journaliste et animateur, et que j’ai tout de suite considéré comme un homme tout à fait simple, ouvert et sympathique, confirmant ainsi l’image que j’avais de lui. Ma profession m’obligeait (et m’oblige toujours !) à être au contact de journalistes. Alors, inutile de vous dire que je crois pouvoir les jauger assez vite.

Je suis arrivé au studio très décontracté (au contraire de ma femme) et je le suis resté jusqu’à ce que le tournage débute, et là, j’ai été pris de trac dû non au journaliste, mais à l’ambiance générale (peut-être en partie pour la raison que j’évoquerai ensuite) et il m’a fallu environ 15 minutes pour reprendre mes esprits.

Décontraction apparente des candidats devant Philippe Gildas

A propos de l'attente avant le tournage...

A notre arrivée, l’équipe nous a proposé quelque chose à boire : j’ai demandé un café ; ils m’ont dit : « vous ne préféreriez pas plutôt un cognac ? » La question m’a paru saugrenue (il était 9 heures du matin !) et j’ai maintenu mon café. J’ai ensuite regretté de ne pas avoir suivi le conseil… Il faut toujours faire confiance aux pros...

La préparation consistait à se maquiller et à recevoir des conseils ; en particulier, il nous avait été demandé de manifester bruyamment notre joie si on gagnait ; ce point m’a gêné car c’est complètement contraire à mon caractère peu expansif. Un autre moment a été d’établir le contact radio avec Philippe de Dieuleveult ; nous avons bavardé un moment et il s’est enquis de nous et a eu des mots d’encouragement très sympathiques. Il faut se rappeler qu’à cette époque, il n’était absolument pas connu.

Il faut souligner que les conditions d’enregistrement sont exécrables : le téléspectateur a du mal à s’imaginer qu’on n’avait pas le retour image (en tout cas en 1980) et que l’on se basait uniquement sur le son et son imagination. Le son en plus était très mauvais, souvent à la limite de l’inaudibilité. On ne peut imaginer cela en regardant l’émission.

A propos du retard du début de l'enregistrement...

Nous étions donc convoqués pour 9 heures. Inutile de vous dire que nous sommes arrivés bien avant l’heure. L’équipe nous a reçus très courtoisement. Ils nous ont dit : on a un peu de temps avant le tournage, Philippe Gildas n’est pas encore arrivé, car il anime une émission le matin sur Europe 1 et il nous rejoint ensuite. On a le temps de prendre un verre et de faire quelques réglages. C’est là que se situe l’épisode du cognac.

Mais le temps passe et pas de Philippe Gildas ! On sent l’équipe devenir de plus en plus nerveuse au fur et à mesure que le temps passe : en fait, ils nous l’ont avoué après : pendant le tournage, l’hélicoptère envoie ses émissions vers un avion qui décrit des cercles à plus haute altitude et retransmet ensuite vers un relais hertzien à terre ; or, l’avion relais avait déjà décollé depuis longtemps et chaque minute qui passait rognait son autonomie de vol. Si l’attente avait dû durer plus d’une heure, il aurait une fois de plus fallu reporter l’enregistrement, sans compter les coûts énormes générés par l’incident.

Puis Gildas arrive en trombe, manifestement très énervé. Il passe à toute allure au maquillage, nous salue à peine, nous pose une ou deux questions et hue cocotte ! On enregistre. Tout le monde courait partout, la tension était gigantesque.

Nous ignorions ce qui se passait, mais il est clair que cela m’a tendu subitement. Nous qui étions à côté de lui, nous voyions bien que Gildas était très contrarié. Mais en grand professionnel, il a repris le dessus et mené l’émission comme si de rien n’était. Petit à petit tout le monde s’est décontracté.

Philippe Gildas avait été contrarié avant l'enregistrement, mais, en grand professionnel, il ne le montre pas !

Alors que s’était-il passé ? Nous l’avons su après, en particulier à l’occasion des 2 heures que nous avons passées à parler avec lui : Son émission sur Europe 1 commençait très tôt. Or, en arrivant à sa loge le matin vers 5 heures, il avait trouvé un mot qui lui annonçait que sa partenaire de travail, Maryse, lui serait retirée à partir de la semaine suivante. Fureur de Philippe Gildas qui ne l’acceptait pas. Il avait donc voulu régler le problème immédiatement avant de venir enregistrer "la Chasse au trésor", et foncé chez le Directeur Général d’Europe 1 pour lui faire part de son désaccord et de son exigence que Maryse lui fût maintenue.

La semaine suivante, ma femme et moi avons bien entendu écouté l’émission de Gildas sur Europe 1 pour savoir si Maryse serait là. Elle y était !

Mais l’anecdote a en fait une suite : Quelques semaines après, nous entendions à la radio l’annonce du mariage de Philippe Gildas avec Maryse … Nous avons alors compris pourquoi il était aussi énervé le jour du tournage. Nous n’avons pas osé lui envoyer nos vœux de bonheur !

Pendant le tournage...

Pendant le tournage, il y avait la mauvaise liaison radio déjà citée, mais aussi les marques de sympathie de Jacques Antoine, placé derrière les caméras, qui tentait de nous aider par gestes ! On a une littérature abondante sur la table et ne sait quel livre prendre ; en fait, toutes les réponses étaient dans un guide touristique. Je précise que je me targue d’être bon en géographie, mais j’ai fait toute l’émission en étant persuadé que les îles se trouvaient en mer Egée ; je ne reconnaissais pas la carte de la Mer Egée derrière nous, et pour cause ! Cela m’a troublé pendant tout le tournage.

Philippe Gildas situe sur la mappemonde le lieu de déroulement de l'émission Philippe Gildas présente le périmètre de jeu

Après le tournage...

Comme je vous l’ai dit, l’équipe nous a conviés à boire un verre. On avait tous le temps. Gildas s’était décontracté et on a bavardé à bâtons rompus pendant près de 2 heures. On a d’abord eu droit aux explications des événements du début. Gildas m’a dit : « vous parlez très bien l’anglais » (à un moment dans l’émission j’étais tombé sur un texte en anglais que j’ai traduit à l’antenne) ; je lui ai répondu : « sans doute pas aussi bien que vous, Monsieur Gildas ! » Et là, il a ri et m’a avoué qu’il n’en connaissait pas un traître mot. Je me suis étonné qu’un journaliste de son renom ignorât tout de la langue de Shakespeare.

Daniel Paccoud consulte la documentation en anglais

Il en est venu à me parler de son parcours personnel et comment il en était venu au journalisme grâce au syndicalisme étudiant (Sciences Po, je crois) pour lequel il avait dû se dévouer pour rédiger le journal du syndicat. On a parlé de tout et de rien, de l’émission, de la CNR où je travaillais à l’époque, qu’il avait confondu avec la CNBRL. En partant, il nous a dit « au revoir et à bientôt » mais on ne l’a jamais revu. Je savais que c’était une expression de circonstance, mais j’aurais apprécié de le revoir. Si je le revoyais maintenant, j’aimerais lui rappeler l’anecdote Maryse...

Avant la diffusion...

Quand l’émission a été programmée, on a reçu un appel du journal "Lyon Matin" qui souhaitait nous interviewer. On accepte, bien entendu. On voit arriver une très jeune journaliste et l’interview se passe sans problème. Quelle ne fut pas notre surprise en ouvrant "Lyon Matin" de voir notre photo surmontée d’un gros titre : « Les Jacoud à la Chasse au Trésor » ! Dans le corps de l’article, notre nom a reçu plusieurs orthographes différentes mais pas une seule fois la bonne !

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Et pour finir, pendant la diffusion...

Dès le début, un coup de téléphone, je décroche, personne ; puis un second, toujours personne, puis un troisième. Alors, j’ai dû débrancher le téléphone. Notre nom étant dans l’annuaire, je suppose qu’il s’agissait de téléspectateurs qui voulaient savoir si l’émission était en direct en vérifiant si nous étions chez nous !