Voici quelques photos de cartes du studio de "La Chasse aux trésors", qui m'ont été confiées par Claude Lazar. Vous pouvez essayer de deviner de quelles émissions il s'agit, et vous aurez la solution en survolant chaque image !

           

           

           

Et maintenant, place à l'interview !

Combien de temps avant les premiers tournages avez-vous été contacté en vue de préparer les premières cartes ?

Ça s'est fait assez rapidement, une semaine avant environ.

Les noms des dessinateurs des cartes sont apparus sur le générique de 1982  Générique 1983 : Le nom de Dominique Basile est remplacé par Basile Vignes, mais il s'agit de la même personne !  Générique 1984

D'après les génériques, vous faisiez équipe avec Basile Vignes ou Dominique Basile ?

C'est la même personne ! Le vrai nom de Basile Vignes est Dominique Vignes ! Nos noms d'artistes étaient "Lazar et Basile", mais au studio on nous appelait "Bazar et Lasile" !!!

Claude Lazar dans son atelier

Savez-vous pourquoi c'est vous qui avez été contactés pour faire ce travail ?

Nous avions fait des décors pour des défilés de Chanel. Quand les producteurs de "La Chasse au trésor" ont cherché des dessinateurs, on leur a communiqué nos coordonnées (je crois que c'est Madame de Clermont-Tonnerre qui leur a données). Et c'est Dominique Mézerette qui nous a contactés. C'était pour la 2ème saison. Nous n'avons pas fait les cartes des émissions de 1981, je ne sais pas qui les a faites d'ailleurs. Les producteurs n'étaient pas très satisfaits de leur qualité, et ils ont décidé de s'adresser à de véritables artistes peintres.

Vous n'aviez donc jamais travaillé pour Télé Union ?

Nous faisions des décors pour différentes productions. Nous étions efficaces et polyvalents et avions en plus notre réputation d’artistes peintres.

Le talent de Claude Lazar et Basile Vigne a valu que leurs noms soient suggérés aux producteurs de "La Chasse au trésor", qui cherchaient des dessinateurs pour les cartes murales du studio

A partir de quels modèles de cartes travailliez-vous ?

Les producteurs, souvent Mézerette, nous donnaient des plans très inégaux : parfois de véritables cartes d’état-major qu’il fallait simplifier, parfois des dépliants touristiques avec juste un nom... Il fallait compléter et parfois même inventer...

Combien de temps à l'avance les aviez-vous ?

En général une semaine avant. Nous attendions que les équipes de repérage soient de retour pour récupérer les plans, mais nous étions rapides et en cas de coup de feu nous pouvions même travailler la nuit.

Combien de temps prenait la réalisation d'une carte ?

Nous la faisions en 3 étapes, en 3 jours : la réalisation du fond peint, l'écriture des textes, et le collage sur le plateau en studio. C'était peint sur du Kraft qu'on roulait, qu'on apportait au studio, et qu'on déroulait pour le placer sur un panneau en alu. Il nous est ainsi arrivé de traverser Paris en pleine nuit sur 2 scooters l'un derrière l'autre en tenant le guidon d'une main et la carte de l'autre pour l'amener en urgence pour un tournage anticipé !

Un jour j’ai invité les producteurs dans une galerie d’art contemporain (J. & J. Donguy), et j’ai fait comme "performance", une carte en trois minutes !

Réalisation des cartes en 3 temps : le fond, les inscriptions, le collage

Est-ce que les cartes tenaient en un seul morceau ?

Il y a eu plusieurs périodes, ça a commencé en trois lais puis en un seul. Les cartes en 3 lais étaient collées, mais les raccords n'étaient pas toujours parfaits au séchage. Cela se voyait parfois lors des gros plans. On a donc ensuite eu une période pendant laquelle on préparait des lais sans raccord, car on faisait les raccords en studio après le séchage, mais cela entraînait des contraintes avec le lettrage, qui était fait avec des lettres en décalcomanie. Alors finalement, on a opté pour du Kraft d'un seul morceau. C'est alors que le décor a été adapté et que la carte était clipsée sur tout son contour, et non plus collée. Le cadre qui entourait la carte cachait les clips. L'hélicoptère aimanté et les flèches aimantées qui servaient à matérialiser les déplacements de Philippe permettaient également de plaquer le milieu de la carte pour éviter qu'elle se gondole. Tout cela présentait l'avantage de pouvoir récupérer la carte après l'émission, à l'inverse des cartes collées qui étaient détruites lorsqu'on les enlevait.

L'hélicoptère aimanté et les flèches magnétiques permettaient également de plaquer les cartes en un seul morceau, qui n'étaient plus collées

Aviez-vous des consignes spécifiques pour mentionner ou au contraire ne pas mentionner tel ou tel détail ?

En effet, il y avait les noms des lieux de trésors à mettre absolument, et certains lieux spécifiés dans le jeu. Et nous ajoutions même nos noms... par exemple en Bretagne nous avions mis "Kerlazar" et "Locbasile" !!!

Ne cherchez pas le "Rio Lazaro" et le "Rio Basilo" sur une carte de Colombie, dans la région de Popayan, il s'agit d'un clin d'oeil de Claude Lazar et Basile Vignes !

N'y avait-il pas un risque que les candidats envoient Philippe à Kerlazar ou au Rio Lazaro en voyant ces noms sur les cartes ?!

Non ! Le présentateur était au courant de cette façon que nous avions de signer nos cartes !

Savez-vous combien vous en avez fait en tout ?

Impossible de le dire exactement, environ 150, on peut dire autant qu’il y a eu d’émissions réellement tournées, mais aussi prévues et annulées à la dernière minute.

En avez-vous fait pour les versions étrangères de "La Chasse aux trésors" ?

Oui et non ! Si une émission française était également enregistrée dans la foulée en version étrangère, la même carte était réutilisée. Mais nous n'avons pas fait de carte spécifiquement pour des versions uniquement étrangères.

Didier Lecat et Elsa Manet avec les candidats de l'émission à Bali  La carte a été réutilisée pour les versions anglaise (photo), italienne, et néerlandaise

Didier Lecat et les candidats de l'émission à Carthagène de Colombie  Lea Pericoli et les candidats de la version italienne de l'émission à Carthagène

Didier Lecat avec les candidats de l'émission à Gavarnie  Isabel Tenaille avec les candidats de la version espagnole de l'émission à Gavarnie

Didier Lecat et les candidats de l'émission à Las Vegas  Brando Quilici et les candidats de la version italienne de l'émission à Las Vegas

Est-ce que la qualité de vos cartes vous a valu quelques compliments ou sollicitations ?

Oui, une femme vulcanologue m'a appelé pour me demander si je pouvais lui donner ma carte de la Montagne Pelée pour ses recherches, croyant que c'était une photo ! J'ai eu beau lui expliquer que c'était peint, elle ne voulait pas me croire, elle retrouvait les moindres détails des lieux qu'elle connaissait très bien !

Cette carte de la Martinique, mettant en évidence La Montagne Pelée, est tellement bien faite, qu'une vulcanologue a cru que c'était une photo !

Avez-vous travaillé ensuite sur d'autres programmes de télévision ?

Pas pour des programmes longues durées comme "La Chasse aux trésors", qui fut mon dernier décor important, mais ponctuellement pour différentes émissions : des jeux, des émissions pour enfants...

Que pensez-vous de notre idée d’un site dédié à « La Chasse aux Trésors » et Philippe de Dieuleveult ?

Non seulement je vois un site, mais aussi matière pour un reportage sur tous les dessous de l'émission !

Claude Lazar est toujours artiste peintre (photo : Christian Moser)

Claude Lazar vit toujours aujourd'hui de sa peinture, et vous pouvez découvrir son actualité sur son site Internet : http://www.claudelazar.com/. Dans son Curriculum Vitae, il ne faisait pas mention de son travail pour "La Chasse aux trésors" : « Merci de me l'avoir signalé... c’était une regrettable omission ! Je me suis empressé d’y remédier, d’autant plus que c’est une période mémorable dans ma vie ! ».

Claude Lazar dans la réalisation d'une nouvelle oeuvre (Photo : Christian Moser)

Il est toujours en contact avec Dominique "Basile" Vignes qui partage aujourd'hui son temps entre Paris et l'Inde en tant que peintre et réalisateur : « Avec Basile nous avons fait un film avec les cartes, il s'appelait "LES HOMMES QUI REFAISAIENT LE MONDE". Nous dessinions les cartes dans une grande cave sombre, en parlant avec un jargon incompréhensible du genre "As-tu bexté la trojette ? Non, j'ai juste brellé le fargon". Ce ne fut pas un film inoubliable, mais là aussi qu'est-ce qu'on a rigolé, on éclatait de rire à chaque phrase ! ».

Dominique "Basile" Vignes vit à Paris et en Inde où il réalise de nombreux reportages
Basile Vignes partage aujourd'hui
son temps entre Paris et l'Inde

Témoignage illustré avec des photos empruntées
sur le site de Claude Lazar avec son aimable autorisation.
Cliquer pour accéder au site Web de Claude Lazar

Témoignage recueilli en août 2008