Jean Etienne Allet, passionné d'hélicoptères, nous raconte l'histoire de l'Alouette HB-XCM "La Chasse aux trésors" n'est sûrement pas étrangère aux 2 passions de Jean Etienne ALLET : le reportage vidéo, et les hélicoptères.

Né en 1968 et originaire de Sion, en Suisse, il s'est assez naturellement intéressé à l'Alouette 3 HB-XCM qui a été utilisée dans l'émission tournée dans sa région en février 1981. Il m'a parlé de l'incroyable histoire de cette machine, devenue symbolique, détruite et en quelque sorte ressuscitée.

Une histoire que je lui laisse le soin de vous raconter :

L'Alouette III HB-XCM de "La chasse au trésor" à Sion n'était pas qu'un simple hélicoptère. Elle a connu une naissance peu ordinaire, sauvé des centaines de vies, connu un destin tragique, elle a été reconstruite et existe toujours, 29 ans après.

L'Alouette 3 HB-XCM aux couleurs d'Air Glaciers en 1990 (© Photo Laurent Baudillon)

Voici l'histoire peu banale de cette Alouette...

Vers la création d'Air-Glaciers

L'histoire de l'Alouette HB-XCM remonte à 1963 déjà. A cette époque, les pionniers de l'aviation suisse que sont Hermann Geiger et Fernand Martignoni ne disposent que de Piper Super Cub, de Pilatus Porter et d'un Bell 47 J pour leurs missions en montagne.

En 1963 donc, un jeune guide de montagne du nom de Bruno Bagnoud assiste impuissant à la chute de l'un de ses amis durant un cours. Appelé sur les lieux, Geiger ne peut atterrir en raison des faibles performances de sa machine.

Une fois le cours terminé, Bagnoud se rend chez Geiger pour lui demander des explications. Geiger lui confie qu'il existe bien un hélicoptère à turbine capable de performances bien supérieures, l'Alouette III. Mais celui-ci coûte pas moins de 1 500 000 francs suisses, contre 300 000 francs suisses pour le Bell ! (à noter, de nos jours, 1 franc suisse = 0,75 €)

Dès lors, Bruno Bagnoud va remuer ciel et terre pour trouver le financement nécessaire à l'achat d'une Alouette III. Une banque régionale lui met à disposition 600 000 francs suisses et Sud-Aviation, le constructeur de l'Alouette, voyant une opportunité dans celui qui allait devenir le premier client suisse de cette machine, lui offre la possibilité de payer l'hélicoptère en plusieurs fois.

En août 1965, Bruno Bagnoud prend possession d'une première Alouette III, immatriculée HB-XCB, et d'un Pilatus Porter. Hermann Geiger et Fernand Martignoni quittent l'Aéro-Club et le rejoignent, c'est la naissance d'Air-Glaciers.

Les locaux actuels du siège d'Air Glaciers à Sion (© Photo Air Glaciers)

« On l'a dépucelée en Afrique »

De 1965 à 1967, le travail se fait rare durant la mauvaise saison. Bruno Bagnoud se met donc en quête de missions dans des pays offrant de meilleures conditions climatiques en hiver. Par un hasard fortuit, il tombe sur une série de travaux à effectuer au Sénégal dans le cadre de la construction de barrages hydro-électriques. Fort de ces contrats, il achète en 1967 une deuxième Alouette III – le HB-XCM – ainsi qu'un autre Pilatus Porter. Un dollar fort assurera à Air-Glaciers sa survie en attendant le développement du tourisme tel qu'on le connaît aujourd'hui.

« Cette Alouette, on l'a dépucelée en Afrique », me confiait il y a quelques années Guy Gaudry, aujourd'hui décédé. Français, il était employé de Sud-Aviation et était venu en Valais pour assister Air-Glaciers dans ses débuts. Finalement l'amour de la montagne ne le quittera pas et il ne retournera jamais à Marseille.

Entre 1967 et 1982, l'Alouette III HB-XCM assurera transports, sauvetages et vols passagers en Valais et au départ de la base bernoise de Lauterbrunnen. Pour les missions de travail aérien, elle sera progressivement supplantée par les Lama, offrant une motorisation identique mais d'un poids moindre. Après la chute du HB-XCB en 1974, elle sera la seule Alouette III d'Air-Glaciers durant 8 ans. C'est ainsi qu'elle participera à "La chasse au trésor" à Sion en 1981.

L'hélicoptère dans "La Chasse au trésor" à Sion C'est Jo Pouget qui pilote l'Alouette 3 dans cette émission Jo Pouget travaille toujours chez Air Glaciers actuellement

Philippe de Dieuleveult s'entretient avec son pilote

Philippe devant l'hélicoptère sur le barrage de la Grande Dixence en début d'émission

Philippe rejoint l'Alouette 3 HB-XCM

1982 : le drame qui marqua à tout jamais le Valais.

Nous sommes le 27 octobre 1982. L'Alouette III HB-XCM est engagée dans une campagne de vaccination des renards contre la rage. A cet effet, l'hélicoptère doit disperser dans la nature des appâts constitués de têtes de poulets auxquelles est agrafé un petit sachet en plastique contenant le précieux vaccin.

Fernand Martignoni décolle de Sion dans la matinée. Il embarque ses passagers et leur matériel à Martigny, à savoir Georges Brunner, vétérinaire du canton du Valais, son adjoint Marc Michaud, la toute jeune secrétaire Jeannette Roh et le professeur Franz Steck de l'institut de virologie de l'université de Berne.

Après avoir desservi plusieurs emplacements et déjeuné au restaurant de la Lécherette, les 5 personnes redécollent vers 14 heures. Ce sera la dernière fois qu'ils seront vus en vie.

Il est 14 heures 53 exactement. Le HB-XCM percute de plein fouet un câble de transport non signalé entre Isenau et Ayerne, près des Diablerets, dans le canton de Vaud. Après avoir touché le câble à une hauteur d'environ 70 mètres, l'hélicoptère perd plusieurs pièces, se met en position inversée, s'écrase et explose. Fernand Martignoni gît dans l'herbe à quelques mètres de sa machine. Ses 4 passagers seront retrouvés carbonisés dans l'épave de l'Alouette III.

Une machine totalement détruite à la suite de ce tragique accident
Des débris carbonisés. C'est tout ce qu'il reste de l'Alouette de la Chasse à Sion.

Comble de malchance, ce crash causera une sixième victime indirecte. Appelé sur les lieux, Georges Pichard, commandant des pompiers des Diablerets, ne supportera pas la vue de ce triste spectacle. Il sera victime d'un infarctus du myocarde sur les lieux de l'accident et décédera quelques minutes plus tard.

L'accident causera une émotion énorme dans tout le Valais. Les témoignages de sympathie et de reconnaissance afflueront du monde entier. Comment Fernand Martignoni, le pionnier de l'aviation de montagne a-t-il pu se laisser piéger aussi bêtement malgré ses 17 000 heures de vol ?

La réponse sera révélée dans le rapport final de la commission fédérale d'enquête sur les accidents d'aviation quelques mois plus tard. Le crash a été causé par une suite d'erreurs et de malchances qui dépassent l'entendement. Le câble a tout bonnement été rayé par erreur de la carte officielle des obstacles à la navigation aérienne. De plus, les plaques métalliques qui le signalaient étaient complètement rouillées au moment de l'accident. Certaines d'entre-elles s'étaient d'ailleurs détachées au fil du temps. De ce fait, au vu des conditions de lumière et de la couleur automnale de la végétation, le pilote n'avait aucune possibilité de repérer le câble.

1984-1985 : L'Alouette HB-XCM renaît de ses cendres

Guy Gaudry était bien décidé à reconstruire la HB-XCM en hommage à son ami Fernand Martignoni. Evidemment, il ne restait rien de l'Alouette d'origine et les mécaniciens ont dû ruser d'imagination pour pouvoir faire voler une autre Alouette sous la même immatriculation. L'idée de génie ? Réutiliser la plaquette métallique d'identification de l'XCM originale, et la monter sur une autre Alouette !

En 1983, trois Alouette III sur flotteurs de l'armée danoise ont été rachetées par des opérateurs suisses. La M-019 (s/n 1019) et la M-439 (s/n 1439) sont devenues HB-XOE et HB-XOF chez Air-Glaciers, rejointes plus tard par la M-071 (s/n 1071) HB-XNZ. La M-438 (s/n 1438) sera utilisée comme base pour reconstruire la défunte HB-XCM.

© Photo Alf Blume  © Photo Alf Blume

© Photo Alf Blume  © Photo Karsten Pedersen
La M-438, l'une des quatre Alouette danoises qui va servir à faire renaître la HB-XCM.

Sur l'Alouette XCM actuelle on peut lire le numéro de série 1443, qui est le numéro de la machine originale. En réalité, la machine utilisée pour la reconstruction a bel et bien été produite en 1967 avec le numéro de série 1438 !

Au début de "La Chasse au trésor", on aperçoit furtivement le n° de série 1443 inscrit sur le devant de la machine

Durant l'hiver 1984-1985, les mécaniciens d'Air-Glaciers ont eu fort à faire pour démonter et réviser totalement la M-438. Le décapage de la machine a été une véritable gageure. Pas question d'utiliser une sableuse pour les carénages, il a fallu gratter manuellement la peinture, petit bout par petit bout avec des outils très rudimentaires. Des mécaniciens ont passé des journées entières à cette tâche peu gratifiante et qui n'avançait pas ! Finalement, après 2500 heures de travail et une adaptation au standard civil, l'Alouette III HB-XCM allait revoler !

Le tableau de bord de la M-438 qui va redevenir celui de la HB-XCM
Le tableau de bord en cours de révision.

Après décapage des peintures aux couleurs de l'armée danoise, l'Alouette est repeinte aux couleurs d'Air Glaciers
A l'atelier de peinture.

Petit à petit, la machine est remontée
Mise en place des portes arrière.

La transformation est terminée, la HB-XCM existe de nouveau !
La nouvelle HB-XCM est prête pour son premier vol !

De 1985 à 1993, la HB-XCM sera à nouveau active, principalement dans le domaine du sauvetage.

Mais le 26 décembre 1993, ce sera à nouveau l'accident. Sans conséquence pour les passagers heureusement. Engagée dans une mission de largage d'explosifs contre les avalanches dans la région de Grimentz, l'Alouette évolue près du relief. Alors que l'un des passagers ferme l'une des portes, le pilote constate une formation instantanée de buée sur les vitres. Il perd toute référence visuelle, le rotor entre en contact avec la neige et l'appareil s'immobilise dans la pente.

Toujours pas réparée à ce jour, l'Alouette III peut être parfois vue lors d'expositions. C'était notamment le cas en 2009 au restoroute du Grand Saint Bernard à Martigny, où sa cabine servait d'attraction principale à une manifestation sur le sauvetage en montagne.

Suite à un nouvel accident, la machine n'a pas été réparée, mais sa cabine est parfois exposée
L'Alouette de la Chasse dans un restauroute. Beaucoup de nostalgie pour les initiés !

L'immatriculation HB-XCM qui figure sur son tableau de bord n'échappera probablement pas aux connaisseurs. Ceux-là même qui pourront vous dire qu'elle était l'Alouette de "La Chasse" en 1981 !

Comme d'autres fans de "La Chasse aux trésors" qui n'ont pas pu devenir eux-mêmes pilotes, Jean Etienne s'émerveille toujours en tant que passager de ces fabuleuses machines, et reste admiratif de ce métier : « C'est une activité pour adultes, mais je crois que pour vraiment apprécier il faut garder une âme d'enfant ! ». L'hélicoptère est un sujet qui lui permet de mettre en valeur ses talents de réalisateur de reportages vidéos, qu'il s'agisse de reportages institutionnels, de présentation de machines ou de compagnies, ou de l'histoire des grands noms de ce milieu aéronautique.

Retrouvez les vidéos de Jean Etienne ALLET sur YouTube, et visitez le site de sa société de productions MAKILA.

D'autres photos des machines d'Air Glaciers sont visibles sur le site Internet de la compagnie :

Récit recueilli en juillet 2010

Photos extraites de l'émission (rediffusion TV5 du 11 juillet 1990)

Photos de Jean Etienne ALLET, sauf mention contraire (Laurent Baudillon, Air Glaciers, Alf Blume, Karsten Pedersen)